Conte de Noël : Le vagabond qui devint Roi

Il y a fort longtemps dans un Royaume très ancien, naquit un petit enfant qui allait devenir Roi. Il est difficile d’imaginer une arrivée plus modeste dans ce monde et personne n’aurait pu se douter ce jour d’avril, que dans cette rue pauvre de ce quartier pauvre, venait de naître celui qui régnerait dans les cœurs du monde entier.

Pauvre, le petit garçon l’était assurément. Mais l’on peut vivre heureux dans la pauvreté si le sort nous est clément. Le petit garçon au contraire, connu bien des malheurs. Son père abandonna très tôt le foyer et sa mère, pour qui la charge était trop lourde, passait son temps à être transportée d’hospices en hôpitaux.

A l’âge où les enfants jouent et rient, le petit garçon travaillait. Il fut tour à tour cireur de chaussure, ouvrier dans une usine ou employé dans une blanchisserie. Le seul réconfort du petit garçon était son grand frère Sidney, aimant et protecteur, qui s’occupait de lui du mieux qu’il pouvait. Mais ce grand frère devait travailler lui aussi et ils étaient bien souvent séparés.

Lorsque la mère du petit garçon n’était pas hospitalisée, elle était chanteuse. On la retrouvait le soir dans des cabarets de la capitale, essayant de gagner sa vie sur scène. Un soir, alors qu’elle entamait une de ses chansons, sa voix se brisa. Elle dû quitter la scène, humiliée sous les huées du public. Le petit garçon qui n’aimait pas qu’on humilie sa mère grimpa alors sur scène et repris la chanson de sa maman, imitant même la voix qui se brisait. Le public ébahit et hilare par l’audace de cet enfant l’encouragea à continuer et la prestation se termina sous les applaudissements. Le petit garçon avait 5 ans.

Rapidement, le petit garçon comprit qu’il voulait passer sa vie sur les planches. Il réalisa que la scène pouvait le sortir de sa misère mais pouvait aussi rapidement l’y renvoyer.

Quelques années plus tard le garçon fut témoin d’une scène extraordinaire. Habitant non loin d’un abattoir, il vit un mouton s’enfuir d’un bâtiment. Des ouvriers coururent après le mouton et pendant de longues minutes, le petit garçon s’amusa du comique de la scène. Des adultes se débattaient contre un mouton qui les faisait chuter et parvenait systématiquement à leur échapper. Finalement, les adultes rattrapèrent le mouton et le conduisirent sur la chaîne d’abattage. Le petit garçon fondit alors en larmes.

La vie continuait et le garçon grandissait en même temps que son succès. Bientôt, il fut embauché par un riche producteur qui l’envoya en tournée avec une troupe dans tout le Royaume. La troupe eu beaucoup de succès et le garçon en devint rapidement la vedette. Le succès fut tel que le producteur décida d’envoyer les comédiens en tournée au-delà des océans. Excité par l’idée d’un voyage dans ce pays inconnu, le garçon ne pouvait pas se douter qu’il quittait alors le Royaume pour 20 ans.

L’océan traversé, la troupe voyagea des mois dans les vastes étendues du pays nouveau pour y jouer son spectacle. Tout le monde saluait le talent du garçon qui déclenchait le rire partout où il passait. Un jour, de riches hommes d’affaires invitèrent le petit garçon à essayer une invention alors nouvelle qui permettrait de propager l’œuvre du petit garçon à travers le monde : le cinéma. Soucieux de préserver sa carrière, le garçon refusa l’offre dans un premier temps. Mais un soir, quatre frères comédiens ébahis par le talent du garçon le convinrent qu’il devait accepter l’invitation. Pour se rassurer, le garçon écrivit à son frère resté au Royaume de le rejoindre et accepta l’invitation des hommes d’affaire.

Le cinéma était très différent du théâtre et le garçon eu du mal à trouver ses marques. Il fallait aller très vite car chaque prise coûtait cher. Il fallait toujours produire plus car le même sketch ne pouvait pas être joué des mois comme lorsqu’il était en tournée. Le travail était dur mais le succès fut immédiat. Les films du garçon furent envoyés dans le monde entier et bientôt, on ne parlait plus que du garçon qui faisait des films.

Profitant de son succès, le garçon pu dicter ses conditions. Il ne voulait plus seulement être acteur mais voulait également écrire et réaliser ses films. Les hommes d’affaire acceptèrent et le petit garçon se mit au travail. En quête d’un personnage, le garçon se souvint de l’histoire du mouton s’échappant de l’abattoir. Il eut alors l’idée d’un héros alternant toujours entre le comique et le tragique, d’un héros dont l’humour et les facéties cachent en fait misère et tristesse. Un héros qui ne parlerait jamais. Refusant de le nommer, sans doute pour que chacun puisse s’identifier à lui, le personnage n’était connu que sous le nom du Vagabond.

Rien ne fut plus jamais comme avant. Habitué au succès, le garçon connu la gloire. Il ne pouvait plus sortir sans être reconnu par des centaines de personnes, son nom était tous les jours dans les journaux. 0n encensait son travail mais on exposait aussi toute sa vie. Rapidement on en vint à critiquer sa fortune. Difficile d’admettre un passage si rapide de la pauvreté à la richesse simplement en faisant des blagues. Pourtant le garçon travaillait dur, et s’il devint rapidement le plus riche de tous c’est qu’il était le plus travailleur de tous.

Alors que les succès s’enchainaient, un événement terrible survint. Des adultes s’étaient fâchés et la guerre éclata entre toutes les nations du monde. D’un coup, les blagues du garçon semblaient bien futiles. Pourquoi rire dans un monde où l’on s’entretue ?

Le garçon eut alors une idée. Ou plutôt deux. D’abord, même les soldats ont besoin de rire. Pourquoi ne pas faire des blagues pour ceux qui en ont besoin ? Ensuite, le Vagabond n’ayant pas de nom ni même de voix, il pouvait être n’importe qui, et surtout ceux qu’on n’entendait pas.

Il se lança alors dans un travail acharné pour amuser les soldats, faisant de son Vagabond l’emblème de tous ceux qu’on oublie. Le Vagabond fut tour à tour immigrant, clochard, comédien, il enchaîna les petits boulots et évidemment, il finit par être soldat.

Le garçon ne faisait plus seulement rire il faisait pleurer ; le plus souvent en même temps ce qui est extrêmement difficile.

Les adultes se lassèrent de se battre mais le petit garçon continua à faire rire et pleurer le monde. Toujours il pensait aux miséreux de son enfance pour raconter des histoires d’enfants abandonnés, d’ouvriers maltraités, de méchants adultes et de jeunes filles esseulées. On pleurait en regardant ses films mais surtout on riait.

Avec son argent, le petit garçon établit un Royaume dont il devint le Roi. Il construisit une grande maison pour lui, une pour son frère et une pour sa mère. Il construisit aussi un studio pour y tourner ses films. Un jour pendant la construction du studio, les ouvriers étalèrent du ciment frais au sol. Comme tous les enfants, le garçon décida d’y laisser son empreinte et d’y signer son nom. Comme il était le Roi tout le monde l’imita et laisser ses empreintes dans le ciment devint une tradition dans son Royaume.

Pour le petit garçon tout allait pour le mieux. Il était heureux même s’il continuait de travailler très dur. Mais son succès faisait des jaloux. On trouvait pleins de prétextes pour critiquer le petit garçon. Comme il défendait toujours les pauvres on l’accusa d’être un communiste, ce qui était très grave.

Le garçon se fichait de ces remarques. Quand on est Roi on n’a pas besoin d’écouter les critiques.

Un beau jour, le Roi d’un pays lointain décida de s’attaquer au garçon lui aussi. C’était un Roi très méchant qui gouvernait par la peur. Il ne supportait pas que le garçon règne par l’amour. Comme il était très courageux, le garçon ne refusa pas le combat mais il décida de le mener avec son arme la plus forte, l’humour.

Le garçon apprit que le méchant Roi détestait les juifs et leur voulait du mal. Le méchant Roi disait même que le garçon était juif alors qu’il ne l’était pas, c’est dire sa bêtise. Pour énerver le méchant Roi, le garçon décida alors que le Vagabond deviendrait juif. Comme ça, le monde entier aimerait un juif.

Mais le garçon fit encore mieux que ça. Il prit une décision tout à fait extraordinaire. Lui qui avait juré que le Vagabond ne parlerait jamais décida de lui donner la parole pour que le monde entier entende son discours. Ce fut un discours extraordinaire et il donna du courage à des millions de gens. Mais des adultes qui n’avaient rien compris s’en prirent alors au garçon en disant qu’il était devenu dangereux. Il faut être très bête pour croire qu’un discours sur la paix est dangereux.

Heureusement, le méchant Roi fut vaincu. Mais des adultes continuaient de penser que le garçon était dangereux. La colère de ces adultes fut tellement forte que le garçon dû abandonner son Royaume et partir en exil.

Heureusement, sa famille restait avec lui pendant son exil. Le garçon construisit un nouveau château et y établit un nouveau Royaume mais cette fois juste pour lui et sa famille. Il fit bien quelques films mais les adultes s’y prirent tellement bien à détruire son ancien Royaume que le succès n’était pas le même.

Oh certes, des années plus tard ces adultes demanderont pardon et diront qu’ils sont allés trop loin, mais le mal était fait et le garçon ne remontrait plus sur le trône. Il resterait simplement le Roi de sa famille et de certains de ses sujets qui ne l’abandonnèrent pas.

Un soir, entouré de toute ses enfants et après un grand repas de Noël, le garçon monta dans sa chambre pour se coucher. Très fatigué de toutes ses aventures, il ne se réveilla pas.

Ce Noël, ça fera quarante ans que le garçon ne s’est pas réveillé. Alors s’il vous plait ce 25 décembre au matin, ayez une petite pensée pour le garçon devenu Roi. Si vous avez le temps, regardez même un de ses films, ça lui fera sûrement plaisir. Il vous fera beaucoup rire le garçon-roi, et il vous fera peut-être pleurer.

Oh mais je ne vous ai pas dit comment il s’appelait ce petit garçon ! Son nom complet était Sir Charles Spencer Chaplin, mais vous pouvez l’appeler Charlie.

Charles Chaplin et Jackie Coogan dans The Kid

Ce texte est bien évidemment romancé mais les faits racontés sont exacts.

Je pense tous les Noëls au Roi Charlie qui me fait tellement rire et pleurer. Mais surtout rire.

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